L'art de perdre de Alice ZENITER, Goncourt des Lycéens 2017, est une fresque franco-algérienne...harkie, en quelque sorte.
C'est l'histoire du grand-père, Ali, qui a fait Monte Cassino avec les français en 1944 et qui part en France en 1962 avec sa femme, ses derniers nés et son fils aîné, Hamid. Contraint par le FLN. Incrédule. Désespéré mais confiant en la France qu'il a servie et défendue. C'est l'histoire de Hamid, dans ces camps de harkis, puis dans cette ZUP normande où il se bat pour apprendre à être français, portant l'Histoire de sa famille, consciemment et inconsciemment, en souffrance de comprendre et de dire. C'est aussi l'histoire de Naïma, une des quatre filles de Hamid, celle qui lui ressemble, et qui ne sait pas quoi faire de cette Histoire.
Lu entre deux test de dépistages du Covid 19, ce roman foisonnant et passionnant m'a permis d'approfondir une autre face de cette guerre d'Algérie, il est une autre pièce du trousseau qui compose le récit multiforme des immigrés Maghrébins de France.
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Ce passage n'est pas le reflet de l'histoire mais il me parle bien.....
"Pieds nus dans les fontaines du Sacré-Coeur, mains enfouies dans les bacs de livres d'occasion sur le boulevard St Michel, corps étendus sur les pelouses des Tuileries, silhouette perdue au milieu des touristes qui photographient un Louvre nu de toute pyramide de verre, gorge déployée dans les concerts des arrière-salles de bar, tempes percées par une migraine due à l'alcool et au soleil, poches lestées de cadeaux minuscules qu'il destine à ses frères et soeurs et trouve tout au long de son chemin, autocollants divers constellant sa besace, oreilles emplies du rugissement des moteurs, Hamid s'enivre de Paris tant qu'il peut. Il voudrait pouvoir s'injecter la ville, il l'aime, il est amoureux d'une ville, il ne croyait pas que c'était possible mais il ne veut plus la quitter.Ici, tous les monuments sont célèbres et les visages anonymes. Les photographies et les films font que Paris semble appartenir à tous et Hamid, plongé en elle, réalise qu'elle lui manquait alors même qu'il n'y avait jamais posé les pieds."