DES HOMMES

DES HOMMES

de Lucas BELVAUX

 

J'avais été boulversée par le livre de Laurent MAUVIGNIER que mon amie Yvonne m'avait prêté. Je souhaitais lire sur la guerre d'Algérie: j'ai découvert deux histoires en une....d'un côté la guerre et ses horreurs où les bons et les méchants se confondent d'un jour à l'autre, les exactions, le lien indicible et sans fierté qui unit ces jeunes appelés découvrant un autre monde. Mauvignier dissèque, par le rythme pressé, les phrases suspendues et les pensées incomplètes, les ravages de la violence endurée et à présent ancrée dans leur vie d'adulte. D'un autre côté, et sans doute celui qui m'a le plus interpellé, l'histoire de cette famille douloureuse et meurtrie dès le départ, dans une campagne que j'imagine franc-comtoise, loin de la ville, de la culture et de la connaissance même de la France. Je crois me souvenir que Bernard raconte qu'on l'a pris pour un Alsacien car on ne le comprenait pas (ou que c'est lui qui prend un marseillais pour un Alsacien..mémoire! mémoire!), enthousiaste, il découvre tout en même temps et rien ne l'y a préparé. Ce jour d'anniversaire où tous les non-dits remontent est le début de cette histoire dramatique, on apprendra les raisons des colères, des regrets, des haines et Mauvignier, tel un horloger, démonte les certitudes des témoins pour reconstruire les vies de ces trois cousins à la lumière des traumatismes qui les ont martelées. Un bijou d'écriture.

Et Lucas Belvaux parvient à montrer ce récit. A l'aide des mots de Mauvignier. Les voix off reprennent les réflexions intimes des cousins, magnifiquement interprétés par Depardieu et Darroussin. Ils sont dans leur élément, Depardieu le tendre-bougon colossal et grotesque est formidable de crédibilité, Darroussin, sur la retenue, posé, à la limite de la lâcheté est au plus juste. Catherine Frot est d'abord pathétique pour terminer totalement émouvante. Les cousins jeunes sont Yoann ZIMMER et Edouard SULPICE n'ont rien à envier à leurs illustres ainés!